Traduction adaptée en
français du texte en reo māòhi
"Te Māramarama e te Ite [1]" :: sur une remise en question de la notion
d'intelligence et de représentation de soi du māòhi ?
Māòhi, nous sommes venus au monde forgés d'une intelligence particulière et nourris d'un savoir
particulier. Occidental, nous somme tous deux , toi et moi, humains, nous avons tous deux un esprit. Nous avons une intelligence
qui nous permet d'appréhender les choses qui nous entourent. Māòhi comment pourrions-nous remettre cela en question?
Comment te faire admettre un instant que nous ayons de l'intelligence, que notre peuple a une intelligence qui nous vient de nos
ancêtres et qu'il est un héritage extraordinaire qui nous a été laissé pour notre bien, pour que nous vivions à jamais?
Toi
comme moi, nous ne sommes pas des êtres sans importance. Nous ne sommes
pas de simples coquilles vides. Nous ne
sommes pas des animaux. Nous sommes
résolument des êtres humains dotés du statut de la primauté sur les autres êtres
de la nature, une situation nous plaçant au-dessus des autres espèces. Nous
sommes effectivement au-dessus des plantes qui
croissent, des animaux qui rampent,
de ceux qui courent, de ceux qui nagent sous la surface de la mer et de ceux
qui volent
dans les airs. Nous n'avons pas de sabots pour courrir aussi vite
que le cheval, ni de branchies pour nager sous l'eau, ni d'ailes
pour nous élever
aussi haut dans le ciel que les oiseaux. Mais nous sommes capable de conduire
des automobiles, de
commander des navires, et de voyager dans des aéroplanes.
C'est ce qui nous est donné de faire et c'est toute la différence qui
nous permet
d'être au-dessus des autres espèces de ce monde.
Il est si courant d'entendre que le maòhi n'a pas
d'intelligence. Pourquoi
cette pensée est-elle présente en nous? Elle n'a rien de bénéfique, elle nous
place dans une
situation de nullité et demandeur. Pourquoi se placer dans une
telle situation de désastre psychologique ou en quoi cela peut-il
nous permettre
d'aller de l'avant? Est-ce que nous avons été à l'école pour apprendre ce type
de chose? Qui se serait permis
de propager un tel enseignement parmi nous? Mais
par dessus tout pourquoi avons-nous été convaincus d'une telle chose?
Comment
avons-nous pu nous adapter à une telle idée qui nous met en situation de désolation
complète et d'inhumanité? Il y
a tellement de facteurs qui entrent en jeu, tellement
d'idées préconçuent, contradictoires et antagonistes en ce monde que nous
en
soyons au point d'oublier notre humanité, notre spécifité, nos valeurs, notre
esprit. Que nous en soyons rendus à une
évidence de conviction que nous sommes
sans valeurs. Comment extirper cette conviction ancrée si profondément en nous
et
redécouvrir ce qui est de nous, ce qui vient de nous et reconnaître notre
contribution comme valable pour le reste de l'humanité et
le reste de nous en
voie de devenir? Lisez les textes qui sont sur ce site et apprenons à nous découvrir
à nos yeux et que le
reste du monde suive notre découverte.
Nombreux de ces textes que nous publions ici sont signés du pseudonyme TKNui,
il s'agit de votre humble serviteur. Je vais exposer ce qui me parait un élément fondamental du principe d'intelligence qui survit en
nous, de notre façon de penser en partant du choix de ce pseudonyme, de sa construction et des répercussions qui s'en suivent. J'ai
choisi comme pseudo, élément fondamental pour se garder d'une trop grande
exposition sur le net, TKNui qui est la contraction de
Tahunga Korero Nui. En voici la signification.
Je suis un tahuà qui se dit TAHUNGA dans ma langue ancestrale des
Tuamotu,
le paùmotu. Ce nom est un titre reconnu d'une fonction attachée à tout expert
d'un domaine de compétence quel
qu'il soit dans la société polynésienne d'antant.
Sa signification est quelque peu galvaudée aujourd'hui, elle a en effet pris
une signification négative depuis la propagation de la religion, elle a été
confinée dans un sens très réducteur du spécialiste des
connaissances occultes,
soit un sorcier. Un tahuà est un expert et dans la société qui prévalait avant
l'arrivée des européens
existaient des experts dans tous les domaines, de la
construction de pirogues - tahuà vaa, de construction de lieu de culte - tahuà
marae, de construction d'habitat - tahuà fare, de fabrication de cordes - tahuà
nape, etc. Je me réclame de ce type de rapport
et revendique la position d'expert
dans des domaines dont j'ai appris les savoirs en allant à l'université et tout
au long de mon
éducation scolaire, et en ce moment même où durant l'occupation
d'emplois j'ai gagné de la compétence. Dans notre langue
maòhi très imagée je
parle de la nourriture que j'ai ingurgitée jusqu'ici, il s'agit en effet d'une
réelle ingestion et digestion qui
est celle de l'esprit ingérant des connaissances
et les digérant pour servir de moyen à l'expression de mon être et de ma
richesse.
Non à faire disparaître ce qui est mon essence. Cette prise de conscience est
le premier pas vers l'intelligence. Il
en reste encore à découvrir. Suivez le
guide.
Je suis òrero, un orateur. KORERO est le mot paùmotu que j'utilise dans mon
nom d'emprunt. Un orateur est une personne qui a des choses à dire et qui le dit en place publique, il a acquis un nombre de savoirs
qui l'assure dans sa position d'orateur et le rassure de n'avoir jamais de vide de savoirs. Ceci dit, nous nous gardons d'affirmer que
notre savoir est supérieure à celui d'un
autre. Je suis conscient d'avoir certaines connaissances, une certaine intelligence rien de
plus. Nous avons tous de l'intelligence et il nous appartient à chacun d'en faire usage et de confronter nos points
de vue. C'est en
ces termes d'échanges de points de vue, de sentiments que nous arriverons à acquérir des attitudes plus élevées.
NUI, vient
finaliser ce choix du nom anonymé que j'ai choisi de porter. Lorsqu'il
est question de NUI, il faut faire preuve de plus d'humilité
pour pouvoir s'arroger
un terme aussi puissant à son nom, NUI est la majesté, une qualité bien éloigné
de l'ordinaire, c'est
l'apanage des rois et des dieux, de ceux qui ont le pouvoir.
Il exprime l'excellence et une satisfaction sans limite. Il est vrai que se
prévaloir d'une telle qualité nous attire sans conteste de la véhémence, de
la jalousie. C'est une réaction instinctive et
compréhensible face à un tel
comportement d'orgueil et de lèse-majesté. Mais la réalité est bien éloigné
de cette fiction, je
ne suis rien, je n'ai aucun pouvoir, je ne suis qu'ordinaire,
soyez donc rassurés. En m'adjoignant la qualité royale de NUI, je
prends en
fait la décision de m'attacher à une fonction que je peux assumer. Aussi ordinaire
que je sois, je veux et désire me
soumettre à ce qui provient de mes convictions
profondes, de ma foi.
Tahunga Korero Nui, est en somme le choix que
nous avons fait de nous rendre
public par un certain type de discours, de nous mettre en retrait par la préférence
de mettre en
lumière notre message. Le message est très simple, pour s'assurer
une position délicate comme celle que nous revendiquons,
nous devons nous instruire
d'une instruction qui ne vient pas de la chair mais essentiellement de l'esprit.
C'est en totalité ce
que veut dire le terme Nui-Majesté qui vient projeter Tahunga
Korero dans des attributions qui dépassent le cadre du simple
discours intellectuel.
Nous ne sommes pas seulement expert en quelque chose que nous pouvons partager
par le discours,
nous sommes soumis à la loi du coeur.
Par trop pompeux Tahunga Korero Nui, cède la place à un nom plus commun, plus
Paùmotu, plus moderne, plus dans le vent mais qui ne retire en rien sa mission
première. TKNui, est composé de la lettre T,
K et Nui. TKNui donne TeKa Nui
- TEKA est l'archer dont les flèches sont des paroles destinées à révéler l'esprit
maòhi,
l'esprit de sa nature. C'est en substance ce que veut dire notre pseudonymes
"E TEKA vau i te reko NUI". Ne nous perdons pas
en pensées. C'est une lecture
qui appelle d'autres principes que ceux de la connaissance cartésienne. C'est
notre pensée
en mouvement et en actes. Ceci est un exemple de la façon de procéder
de notre esprit, la manière dont agençaient nos Tupuna -
ancêtres - le monde
qui les entouraient. Il y a un fossé énorme entre le monde tel que nous le concevons
dans ce règne de
rationalisation et celui dont nous revendiquons l'existence
en nous et dans tous ceux qui sont les héritiers du monde de nos
ancêtres. Il
existe en effet chez ces derniers une part d'irrationnelle qui accompagne la
part de compréhension que nous
avons du monde. "Nous vivons dans un monde
dont nous n'avons aucune connaissance profonde et notre compréhension de
ce
qui nous entoure ne sera jamais complète" serait un des enseignements de
nos vieilles générations de sages.
Cette conscience des choses et l'humilité
qui en découle force la croyance en un principe supérieure dont nous approuvons
l'existence, du fait que forcément il y a un état de compréhension totale mais
qui nous échappe. Dieu prend ici toute sa
signification et la réalité de son
état est pour beaucoup dans la reconnaissance qu'il faut être un dieu pour en
connaître tous
les tenants et aboutissants. L'être humain est bien trop faible
et limité dans cette perspective de connaissance absolue des
choses qui nous
entourent. "Garde-toi de mettre la main sur tout ce qui t'entoure de peur
qu'il ne t'arrive quelque chose
de mal car le Tapu est là pour te détruire,
regarde les choses avec ton fond intérieure, il est fait par dieu et de dieu.
Qu'en toi
persiste la reconnaissance et le respect. Nous connaissons que si
peu de choses" - "E Atua tei rahu i te
reira. Ia hiò òe i te
tahi mea, a feruri ma to varua, èiaha e tuu noa i te rima i nià a pohe òe i
te maì. Ia vai te faatura i roto ia òe
i te mau taime atoà, a roohia òe i te
tahi tapu e ìno ai òe. Aita hoì taua i ìte i te auraa o te mau mea
atoà".
Ceci est d'une limpidité pour nous, pourquoi ne l'est-elle pas pour tous ?
Ce n'est certes pas la
tasse de thé du monde dont la suprématie tend à s'imposer
comme le modèle de société de choix pour tous. Qu'importe nous
avancerons par
la preuve qu'une logique intrinsèque est en vie, qu'une représentation bien
plus riche à notre avis perdure,
nous venons de faire la démonstration de ce
qui peut sous-tendre le choix d'un pseudonymes, cela peut être étendue à la
fabrication d'un nom ou du prénom d'une personne, c'est ce qui s'est passé pour
mes propres enfants. Voici un autre exemple de
cette survivance dans le monde
d'aujourd'hui, dans le domaine de la technologie tant décriée comme le sommum
de
l'évolution d'une logique qui relègue toutes les autres au rang de simple
état d'esprit.
Nous avons coutume dans notre
peuple de composer des hymnes à notre terre pour
en faire l'éloge mais également pour des besoins d'identification et de
construction
identitaire, notamment en y incluant des éléments fondamentaux de reconnaissance
de cette terre dont les
toponymes, les noms de héros, l'histoire de la terre
elle-même et des gens qui s'y sont succédés. C'est le Paripari
fenua
ou Faatara, cela est du même ordre de chose que les hymnes
nationaux, ce n'est donc
pas une pratique inconnue du monde, mais elle reste
cependant pour celui-ci du domaine du particulier ou de l'extraordinaire.
Nous
avons la preuve que cette coutume s'est immiscée jusque dans nos machines et
à pris vie sur un pays complètement
virtuel. Un hymne de cette sorte a été composé
pour affirmer l'identité d'un Groupe qui se prénomme AORAI [2],
c'est le seconde sommet de Tahiti. Aorai est comme la montagne d'un
pays virtuel
mais non moins réel, avec Vaitārere sa rivière suspendue, sa place
publique d'oraison T'ŌMĀ [3],
avec son cap Hitimureòre qui avance sans fin et son
Intendant l'expert Oviri
i te Puaavao. Tout y est pour affirmer l'identité du groupe dans l'honneur
et la
tradition. Mais bien plus encore ce lieu T'ŌMĀ [4]
s'est doté
d'une organisation qui fait appel à des principes aussi traditionnels
dans un contexte moderne et technologique. Vous pouvez lire
cet hymne, ce chant
de pays virtuel en cliquant sur T'ŌMĀ
:: Chant de pays virtuel. Il s'agit encore une fois d'une forme d'intelligence
que nous
ont léguée nos ancêtres.
Pourquoi alors se résigner à faire de ce monde ancestrale un monde disparu
et
emprunter une voie qui ne fait pas partie de notre héritage. Si ce monde
dans lequel nous vivons est un héritage, alors c'est un
héritage universel qui
appartient à tous et dans lequel nous baignons. Nos ancêtres avaient une intelligence
particulière,
raffinée dans leurs rapports avec la nature et la nature des choses.
L'occidental a oublié cette part de divin dans toute chose. Il a
objectivé ce
monde pour se mesurer à lui même, pour mettre en exergue ses capacités de cogitation
et de réalisation, cela
est une qualité humaine dont l'intelligence est l'outil.
Mais il a fini par renier son état d'humanité pour se donner la condition
divine.
Une erreur monumentale pour le monde, et particulièrement meurtrier pour le
monde humble et naturel. Ce monde ne
faisant que la part belle à l'objectivation
est désormais enfoui sous une masse étouffante de ferraille et de plastique
plombée.
Il renie son esprit et le confond avec son intelligence pour oublier
les sentiments. Il n'a plus aucun plaisir si ce n'est le plaisir de
créer encore
plus de la matière. Plus aucun respect envers Dieu car il ne lui parle plus,
il ne le loue plus, il lui a pris la place.
Son orgueil est démesuré, il se
nourrit désormais de la gloire qui ne lui appartient pas. Il est empoisonné
d'avoir ingéré de la
nourriture impropre à sa nature car c'est de la nourriture
divine qu'est faite la gloire. Il a dépassé les bornes de son monde pour se
vêtir d'or et s'asseoir sur le trône de Dieu.
Alors mes chers frères maòhi et aussi toutes celles et ceux qui ne voient
plus
les choses de manière lumineuse, qui sont déçus de la finalité de ce projet
de société, nous ne sommes pas rien. Nous
avons un héritage qui arrive du passé
pour nous porter vers le futurs. Il n'y a pas lieu de revendiquer le manque
de quoi que ce
soit et de se lamenter sur une soit disante inadaptation de notre
culture ou de notre système de pensée à la société actuelle.
Reconnaissons que
nous sommes bien celui de toutes les espèces qui a la chance inouïe d'être au-dessus
de toutes les
autres. Reconnaissons que rien ni personne ne détient la vérité,
ni la joie et le bonheur d'avance et plus que qiconque.
Reconnaissons que le
monde dans lequel nous vivons est un projet commun de vie et que tous y apportent
leurs
contributions, aussi minimes qu'elles soient, elles sont bonnes pour l'humanité
entière. Reconnaissons que nous sommes des
êtres mortels et que nous n'avons
que limitations, nous ne sommes pas des dieux: Dieu existe. Reconnaissons que
nous
sommes fait pour participer à la gloire, mais qu'il ne nous appartient
pas encore de savoir pour qui ni pourquoi. Arrêtons de nous
conduire comme des
dieux et commençons par être ce que nous sommes, des êtres doués d'intelligence
par rapport aux
autres espèces de la terre. En cela, nous sommes bien des dieux
mais selement aux yeux des animaux. Si nous voulons
apprendre la divinité, commençons
d'abord à apprendre notre humanité divine envers la nature de cette terre. Arrêtons
de
répandre la mort et sachant donner la vie, l'organiser et le mettre à profusion
à la disposition de tous. Soyons NUI - majestueux -
pour le moment nous ne sommes
que NOA - ordinaire - car pour être NUI il faut une qualité exceptionnelle qui
est
l'humilité.