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Henri Hiro qui es-tu ?

Transmis par: TKNui Actif Mardi 20 Janvier 2004 - 16:40 Imprimer l'article Format imprimable  Envoyer à un ami Envoyer cet article à quelqu'un
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"Henri Hiro cet éveilleur d'esprit" avait lâché Jean-Paul Barral lors de la réunion constitutive de l'association "Les Amis de Henri Hiro". Il l'était en effet pour beaucoup de Polynésiens de souche ou d'adoption. Il a su militer pacifiquement pour la reconnaissance et le développement de la langue, de la culture, de l'être Maohi dénominateur culturel et ethnique commun des polynésiens.
Laissons le brosser lui-même son personnage à travers l'interview qu'il a donné à Michou Chaze du quotidien "Les Nouvelles de Tahiti".

TE PUNA : LA SOURCE

Michou Chaze pour Les Nouvelles de Tahiti :
Tu t'es exprimé de multiples et de différentes façons, à travers la politique, au sein de l'Eglise évangélique, à la tête de la Maison des Jeunes et de la Culture, en portant le pareu et bien sûr avec la poésie.

Henri Hiro : C'est venu comme ça, rien n'était prémédité. Mais surtout j'ai toujours adoré la langue tahitienne, c'est ma propre langue. Quand j'écris le poème Oih anu ce fut parce que c'était la façon la plus simple de m'exprimer. Ça s'est imposé de soi-même, c'est venu tout seul.
Oih anu est la rencontre entre la civilisation ancienne et la civilisation de maintenant. Je voudrais que celle d'aujourd'hui retourne à sa source : la culture polynésienne. Et de cette rencontre, il naîtra quelque chose de nouveau, de neuf. Ce qui est nouveau est toujours inconnu, mais de toutes les façons il se passera quelque chose.
Aitau rejoint le poème Oih anu. Il exprime un peu de ce désir de vouloir à tout prix retrouver la source où se renouveler pour devenir un être neuf : la renaissance pour une humanité nouvelle.
Cela veut dire que les races ici présentes -et ceci est très important- peuvent faire de cette source, une source polynésienne renouvelée et qui évolue par elle-même. Pour moi la base est la culture polynésienne. Cela veut dire que, toi le Français, toi le Chinois et toi le Tahitien, chacun nous devons avoir le même respect pour cette culture polynésienne. Nous devons tous aller vers cette source et de là, bâtir une société nouvelle. Avoir un égal respect, tout en gardant la culture qui lui est propre, voilà le point de départ.
A partir du moment où on est pénétré par le mépris, on ne peut se plonger dans cette source et s'y renouveler.

Michou : Tu as été le précurseur de ce mouvement. Penses-tu que celui-ci a donné quelques fruits ?

Henri : Une chose est certaine, le peuple polynésien est debout et regarde ce qui se passe autour de lui.

Michou : Et que voit-il ?

Henri : La polynésiannité s'éloignant de lui et il a prit peur. Il est effrayé car c'est son seul avenir qui se détournait, il n'en a pas d'autre. Pour lui, il n'a pas d'autre perspective que d'aller à cette source et s'y renouveler. Je pense qu'aujourd'hui les Polynésiens commencent à se regarder : Que se passe-t-il ? Nous sommes en train de nous faire complètement annihiler. Enfin, ils commencent à prendre conscience de cet état de fait.

Michou : Comment envisages-tu l'avenir par rapport à cette continuité ?

Henri : Pour assurer cette continuité, il faut que le Polynésien se mette à écrire, c'est la deuxième étape. D'abord il a agi, en construisant son fare, la maison polynésienne. Maintenant il doit écrire et ainsi s'exprimer, peut importe que ce soit en reo ma'ohi, en français ou en anglais. L'important est qu'il s'exprime, faites-le !

Michou : Qu'il s'exprime de cette manière ou d'une autre signifierait qu'il a maîtrisé cette culture spécifique.

Henri : Oui ! Mais il doit retourner ensuite verse la source polynésienne qui est sa propre culture.

Michou : Tu pense que l'écriture peut l'y mener ?

Henri : C'est la seule et unique façon ! Des Polynésiens commencent à écrire et je pense que d'ici peu nous aurons des auteurs tahitiens. N'ayons plus de complexes et exprimons-nous !

Michou : Donc, il s'agit maintenant pour le Polynésien d'aborder le seul moyen qui lui permette d'espérer en sa renaissance : l'écrire. Ce qui surprend, c'est qu'il choisisse plutôt la poésie comme forme d'expression favorite. Regarde, qu'il s'agisse de toi, de Turo a Raapoto, de Chantal Raiheni, de Manutahi ou d'Angelo… c'est de la poésie. Pourquoi ?

Henri : Je pense que cela provient de notre langue tahitienne qui est poésie en elle-même. Dès que l'on commence à s'exprimer vraiment dans cette langue, on atteint une dimension qui n'est pas ordinaire, qui n'est pas celle du langage de tous les jours. Elle se situe au-dessus et on monte encore un peu et un peu plus encore, voilà où est cette expression poétique que l'on retrouve chez tous les Polynésiens. A partir du moment où il commence à se trouver, il s'exprime comme il parle, pense et vit sa langue. C'est-à-dire tout simplement de façon poétique. Est-ce propre à nous, je ne sais ?
Même lorsqu'il écrit en français et que des mots tahitiens viennent s'y mêler, ils ne peuvent qu'ajouter de la poésie au texte. Mais peu importe la manière. L'important est que le Polynésien prenne la parole. Et qu'il s'empare de cette parole à travers l'écriture.
Les églises apprennent à écrire à l'enfant puis après elles le laissent s'exprimer oralement. A ce moment là, l'écriture disparaît. Il leur faut un relais et ce relais, c'est nous. Il y a eu l'église évangélique et les autres, elles ont fait leur travail et ce qu'il y avait à faire ! Maintenant qu'elles passent le relais. (…) Il ne faut plus s'exprimer de manière évangélique, catholique ou adventiste, l'individu doit pouvoir s'exprimer seul et non à travers la vision d'un groupe.

UN AVENIR FLOU

Michou : L'avenir à travers l'écriture ! Et l'avenir de notre pays ?

Henri : Je n'oserais pas faire de prophéties. Le politique est devenu tellement flou, l'affairisme qui s'est immiscé au sein de la population… Je préfère rester en deçà et n'ose plus me prononcer.

Michou : Tu as été élève de l'école pastorale puis tu as fait des études en France. Quand tu es rentré, tu me disais avoir un doute sur le plan théologique. As-tu évolué depuis ?

Henri : Oui, j'ai changé ! Ce n'est pas vraiment que je ne croyais plus en Dieu. Je voulais mettre tout ça de côté et me consacrer uniquement à ma famille. Do et les enfants, un point c'est tout ! J'étais fiu et suis fiu de la politique et des affaires concernant mon pays. J'ai accompli ma vie et j'ai changé ! Je crois en Dieu et dois maintenant agir avec l'église évangélique.

Michou : La religion chrétienne n'est pas une religion ma'ohi mais ne l'est-elle pas devenue en "s'indigénant" ? Maintenant elle fait partie intégrante de notre culture. Elle l'a d'abord écrasée et en même temps elle l'a aidée à préserver et à perpétuer sa langue.

DIEU N'EST PAS BANAL

Henri : C'est là le problème : on ne sait pas. Et justement c'est la recherche en profondeur que nous menons avec Turo. Lui, va jusqu'à dire : Ta'aroa est Dieu ! Un peu dur à avaler, non ? Mais quelle autre façon pour les Polynésiens de donner un nom à Dieu, se ce n'est : Ta'aroa. Et on devine qu'à travers ce nom, se lève tout un passé ignoré à déchiffrer encore. (…) Le peu que l'on sache reste imprécis et trouble. J'ai l'impression que quelque chose de grave s'est passé entre 1779 et 1900 provoquant l'extinction des tenants de la culture polynésienne. Expliquant ainsi la rapidité de l'évangélisation.
Pourquoi alors ne pas repartir de Dieu, de Jéhovah et essayer de renouveler notre culture polynésienne ? D'autant que beaucoup de choses se rejoignent comme l'histoire de la Création ou le Déluge, ne banalisons pas Dieu ! Et pourquoi ne pas adopter définitivement Ta'aroa et repartir à travers le chemin de la Bible ?

Michou : Il semble qu'avant l'arrivée des Européens une révolte se soit faite jour au sein de la religion polynésienne ?

Henri : Le culte s'était dégradé. Oro s'était imposé comme le nouveau Dieu du culte à l'instar de Ta'aroa. Il y a eu déphasage entre lui et Oro, d'où les sacrifices humains. Ta'aroa est beaucoup plus humain et avec Oro tu as la guerre.

UN AVENIR FLOU

Michou : Le créateur et l'ange Lucifer.

Henri : Oui, avec Oro ce fut vraiment la guerre ! Et, à ce même moment-là arriva l'évangélisation, pour les missionnaires non plus ce ne fut pas facile, ils étaient tout seuls.

LE TEMPS PARASITE

Michou : Revenons-en à notre point de départ à cette volonté de retrouver la source polynésienne pour se renouveler. Le thème du poème Aitau est de : "dévorer le temps parasite".

Henri : Ce poème je l'ai écris d'un seul trait. Le temps parasite est celui qui nous sépare de la culture polynésienne. C'est celui-là qu'il faut bouffer, afin de se rencontrer à nouveau. Et pouvoir ainsi repartir à zéro pour bâtir une société nouvelle. C'est cela l'important. Il y a diverses façons de dévorer le temps parasite, à chacun de découvrir la manière qui lui est propre.

Michou : Quelle est la tienne ?

Henri : Ici, je suis en train de dévorer ce temps-là..

Michou : A Huahine, aux Iles Sous-le-Vent, une extraordinaire petite vallée, inaccessible. Un travail phénoménal : une cocoteraie toute renouvelée, des arbres fruitiers de toutes les essences de la Polynésie, des conditions remarquables et paradisiaques.

Henri : Rendement assuré pour le ventre !

UN DES CREATEURS DU IA MANA

Michou : Tu te retrouves ici après un long cheminement intéressant et si particulier. Avant tu as longtemps milité pour un combat politique en créant notamment le "Ia Mana te Nuna'a" et également à travers des institutions comme celles de l'église évangélique.

Henri : Disons qu'au départ de tout cela, j'avais une soif de connaître Dieu. Ce fut le véritable point de départ de cette quête à la recherche de la connaissance. Je suis allé à la faculté de théologie de Montpellier, en France.
Quand on est loin, on voit mieux ce qui vous touche de très près. C'est-à-dire, ma culture, mon pays, mon peuple, la situation qui est la sienne, les activités de l'église, son apport ? Comment faire autrement ? Bref, les grandes questions. C'était l'époque des grandes interrogations, une période très propice, puisque nous sortions de mai 68.
Je suis donc revenu dans l'église, porteur de ces questions-choc. Et la première collision a été bien sûr ma contestation des essais nucléaires. L'église à ce moment-là, m'a forcé par un ultimatum à la quitter.
Je me suis donc retrouvé à la Maison de la Culture, un organisme relevant à la fois de l'état et du territoire. Puis nous avons créé le parti politique Ia Mana te Nuna'a. Parti socialiste au départ, c'est-à-dire plus de justice sociale, plus d'évolutions des institutions politiques, l'idée de l'indépendance n'était pas encore apparue.
Nous avons beaucoup travaillé à la Maison de la Culture, à réhabiliter la culture polynésienne, à redonner sa place et son importance à la langue, à la danse, aux chants ou à l'expression théâtrale. Après tout cela, rien n'allait plus. Je démissionne et me retrouve ici.
Ceux qui me connaissent, savaient que c'était une nouvelle étape pour préparer autre chose. Cet "autre chose", c'est revaloriser la totalité de la vie polynésienne, proposer ainsi à la population tahitienne un modèle de la vie dans sa totalité et non plus disloquée, morcelée.
La vie polynésienne dans sa totalité, ça veut dire : tout, la maison, la nourriture, l'habillement, son économie, sa façon de vivre, ses chants, ses danses, sa musique, tout ensemble, tout.

Michou : Arei, c'est le creuset d'un épanouissement personnel. On ne peut rien faire sans au préalable s'épanouir soi-même ?

Henri : Oui mais si sa famille dans son entier n'est pas épanouie, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas.

CONJUGUER AU NATUREL

Michou : Arei, le lieu d'une vérification ?

Henri : C'est la reprise d'une vie qui a été abandonnée, mais qui est toujours dans la conscience des Polynésiens. Etouffée, bien sûr mais il suffit de la réveiller. Ce n'est pas encore une nouvelle société, mais la reprise d'une vie normale des Polynésiens.
Ici se retrouve en condensé l'ensemble des valeurs traditionnelles de la culture polynésienne à travers la maison, l'économie, la culture.
La maison; simple et toujours ouverte. Là aussi il y a beaucoup à dire. Lorsque quelque chose est abandonné, c'est qu'il y a eu des préjugés, une dévalorisation s'est produite. Le Polynésien a dévalorisé son habitat au bénéfice d'autre chose, la maison en dur par exemple, où on étouffe, où il n'y a pas d'air. Ma maison est en matériaux naturels trouvés ici-même mais aussi en bois importé. Il faut le dire. Les choses sont un peu radicalisées maintenant. Il y a "aller en avant" et "aller en arrière". Tout ce qui est "en arrière" c'est polynésien et tout ce qui est "en avant" est européen, donc "en avant" c'est bien et "en arrière", c'est ce qui fait partie des ténèbres. Une forme d'alternative un peu piégeante. Un piège où on veut que l'on rejette tout ce qui nous appartient en propre. A ce moment-là, on nous place sur une ligne. Une ligne de départ, c'est-à-dire le point où on a abandonné ce que nous sommes et ce que nous avons.
Aller en avant c'est donc : aller vers l'européen, vers l'occidental, vers tout ce qui lui appartient.

Michou : Une scission qui va en s'accentuant. Deux mondes vivant de plus en plus dans l'opposition des choses, jusqu'à éventuellement la coupure totale.

Henri : Il faut que les cultures se rencontrent. Je refuse de raisonner dans l'opposition des choses ; l'opposition des couleurs : même dans le contraste il y a harmonie.
Je crois que maintenant on ne peut plus parler d'indépendance en tant que coupure, mais d'une indépendance dans la souveraineté des prises de décision selon chaque identité et spécificité d'un peuple.

Michou : La dimension économique. Il y a aussi ton désir de dire qu'une économie polynésienne aujourd'hui est possible.

Henri : Absolument ! Les données sont là. Ça ne fait pas partie du rêve. Ce ne sont pas des arguments que j'invente. Les données sont là. Le cocotier produit pendant 70 ans. Nous mangeons encore le uru de l'arbre planté par nos ancêtres. Le poisson est là. Une économie d'auto-suffisance.

Michou : Une restitution au Polynésien.

Henri : C'est tout ! On a rasé les cocotiers en donnant priorité aux lotissements. L'autosuffisance est possible à partir de ce que nous donne la richesse de la nature.
La deuxième dimension devrait compléter la subsistance et aller vers l'épanouissement de la famille. Les données elles aussi sont là. Des données orientées vers des débouchés extérieurs. Deux versants économiques qui ne sont pas dissociables.


ECONOMIE FACTICE

Michou : Ce projet économique est en rupture avec le projet proposé : celui de la culture des loisirs, de la grande hôtellerie !

Henri : On a un peu l'impression que c'est notre destin maintenant : devenir les serviteurs des touristes. Voilà l'image de notre avenir.

Michou : Dans ton projet économique, tu rends au Polynésien sa dignité et sa capacité d'être à la fois maître de son espace et de son économie. Il y a donc là les conditions de l'indépendance.

Henri : Dès le moment où on fait un projet total et non pas morcellé, on ne peut pas éviter de parler de l'indépendance. Si au départ, au sein de la cellule familiale, il y a toutes les données de l'indépendance, on ne peut que souhaiter qu'un peuple tout entier adopte cette attitude, ou un projet similaire, qui irait dans le sens de l'indépendance.

TROIS CATACLYSMES

Michou : L'économie actuelle ?

Henri : L'économie de l'argent qui cherche l'argent. Une économie, comme tout le monde le sait, factice. Tout est factice dans la mesure où les forces financières qui nous ont entraînés vers ce niveau de vie ne viennent pas de la richesse de ce pays. Une richesse importée fondée essentiellement par le secteur administratif et le CEP (essais nucléaires).
La Polynésie a subi ces vingt à trente dernières années trois cataclysmes :
Premier, le phosphate de Makatea qui a commencé à laminer les valeurs, enlevant les forces vives de l'île, et, une fois épuisé, entraînant un retour difficile dans les îles.
Deuxième raz-de-marée, la M.G.M., le tournage des "Révoltés de la Bounty", une vague d'argent facile.
Troisième coup, en 1960, l'arrivée du général de Gaulle venu ici faire un discours public, nous annonçant "sa volonté" d'ouvrir la Polynésie à la civilisation. Cette ouverture ne pouvant se faire que par la construction d'un aérodrome. Je ne pense pas qu'il ait dit qu'après l'aéroport viendrait le C.E.P., et c'est ainsi que nous apprenions que Fangataufa et Mururoa ont été offerts à la France pour installer les essais nucléaires : la venue des militaires, l'argent facile, l'émigration massive, etc…
La bombe a tout contaminé. Sans parler de l'Océan, puisque des informations nous sont parvenues qui n'ont pas été soutenues par la presse : exemple, les "Nanue" (poisson) morts autour de l'île de Rurutu. Notre cellule familiale est totalement effritée. La notion de "fetii" : fini. L'éducation des enfants selon les règles polynésiennes : terminé. La relation entre la femme polynésienne et l'homme polynésien : perturbé. Une complication de notre vie !

UN AVENIR FLOU

Michou : Le créateur et l'ange Lucifer.

Henri : Oui, avec Oro ce fut vraiment la guerre ! Et, à ce même moment-là arriva l'évangélisation, pour les missionnaires non plus ce ne fut pas facile, ils étaient tout seuls.

Michou : Dans le sens de l'indépendance, on peut parler de l'évolution des institutions de l'église. L'église qui a fait un travail phénoménal. Et maintenant des engagements sont évidents.

Henri : L'avenir de notre église est polynésien. Aller à l'encontre de l'indépendance, c'est aller contre l'évangile.


GESTES SYMBOLIQUESs

Michou : L'évolution et les engagements de l'église semblent être entre autre les résultats de votre travail à toi et Turo a Raapoto, sur le plan de la revalorisation de la langue tahitienne. Ce travail est depuis repris par d'autres : tel que la reconstitution de l'histoire foncière de la Polynésie.

Henri : Une évolution phénoménale. Une permanence dans notre attitude. Lorsque je suis sorti de l'église, finalement c'était un bien. Je suis entré à l'OTAC et j'ai continué à dire la même chose. Et elle l'a finalement compris.

Michou : Tu as adopté à ce moment des gestes symboles.

Henri : Des gestes symboles menant tous dans le même sens. Un geste symbole est toujours une rupture, un choc, compris comme une provocation. Donc il a fallu choisir des gestes solides : le port du pareu par exemple. Là c'est toute une histoire ! (Rire !…) j'ai été la risée !… de tout le monde !… le poète ! le rêveur ! l'intellectuel de brousse ! (Rires !…) à travers le pareu, j'ai connu une période de moqueries. Certains s'adressaient directement à moi pour le faire. Mais comme je fréquentais toute la hiérarchie en pareu, cela a étonné et c'est devenu normal. Résultat : de plus en plus de gens en pareu. A travers le pareu, c'était réconcilier le Polynésien avec ce qui lui appartient profondément. Le réconcilier avec lui-même.

"LA POLITIQUE ME GËNE"

Michou : Nous entrons donc maintenant dans une période de réconciliation. Tu as un statut peu ordinaire par le fait que tu échappes aux institutions, à la politique par exemple.

Henri : Il y a quelque chose qui me gêne dans la politique, c'est cet esprit de parti, qui ne veut plus tendre les oreilles, tendre la main, adresser la parole à l'autre, celui qui est dans l'autre parti. M'empêcher de discuter avec quiconque, c'est quelque chose que je n'accepte pas.

Michou : Nous avons parlé de "Oih anu" de "Aitau" et de leur message. Je pense que l'on pourrait terminer par un autre message non moins beau, celui de Ho mai na : le don.

Henri : Ho mai na, c'est donner tout ce que la mère possède à son fils. La mère donne. A partir du moment où elle a tout donné, le fils peut partir ; il aura toujours sa mère vivante auprès de lui. Sa mère c'est sa base : ses racines, son sang, son premier lien, tout…
L'enfant consolidé par ses propres racines (qui sont sa mère) peut partir. La mère est le symbole du lien direct, le lien parental. C'est le "pu fenua", le placenta, la matrice.


Au revoir Henri

Henri Hiro est devenu une institution. Les Polynésiens reconnaissent en lui le ma'ohi. On peut donc affirmer qu'il a gagné son combat. L'histoire de Henri Hiro ne s'est pas terminée à Huahine. Son histoire ne se termine pas ! Car l'idée et le projet initial, c'est le peuple polynésien. Les premiers bénéficiaires en sont sa famille, sa femme et ses enfants.
"Si je réussis à rendre heureux ma femme et mes enfants je suis certain que je pourrais rendre heureux mon peuple, le peuple ma'ohi". (Henri Hiro).

Nana Hiro. Il paraît qu'on doit te dire au revoir. Mais tu restes là. Ta voix et ton rire résonneront toujours dans la vallée de Arei à Huahine. L'écho les transporte de montagne en montagne. Et lorsque le vent des raro se lèvera ils seront sur toute la Polynésie Ma'ohi.

Note : Interview publié le 12 mars 1990,
<a href="http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/chaze.html"

target="_blank">Michou Chaze
Revue par l'éditeur.

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