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05 Sep 2010 - 07:59
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"Henri Hiro cet éveilleur
d'esprit" avait lâché Jean-Paul Barral lors de la réunion constitutive de l'association "Les Amis de Henri Hiro". Il l'était en effet pour
beaucoup de Polynésiens de souche ou d'adoption. Il a su militer pacifiquement pour la reconnaissance et le développement de la
langue, de la culture, de l'être Maohi dénominateur culturel et ethnique commun des polynésiens. TE PUNA : LA SOURCE Michou Chaze pour Les Nouvelles de Tahiti : Henri Hiro :
C'est venu comme ça, rien n'était prémédité.
Mais surtout j'ai toujours adoré la langue tahitienne, c'est ma propre langue.
Quand j'écris le poème Oih
anu
ce fut parce que c'était la façon la plus simple de m'exprimer. Ça s'est
imposé de soi-même, c'est venu tout
seul. Michou : Tu as été le précurseur de ce mouvement. Penses-tu que celui-ci a donné quelques fruits ? Henri : Une chose est certaine, le peuple polynésien est debout et regarde ce qui se passe autour de lui. Michou : Et que voit-il ? Henri : La polynésiannité s'éloignant de lui et il a prit peur. Il est effrayé car c'est son seul avenir qui se détournait, il n'en a pas d'autre. Pour lui, il n'a pas d'autre perspective que d'aller à cette source et s'y renouveler. Je pense qu'aujourd'hui les Polynésiens commencent à se regarder : Que se passe-t-il ? Nous sommes en train de nous faire complètement annihiler. Enfin, ils commencent à prendre conscience de cet état de fait. Michou : Comment envisages-tu l'avenir par rapport à cette continuité ? Henri : Pour assurer cette continuité, il faut que le Polynésien se mette à écrire, c'est la deuxième étape. D'abord il a agi, en construisant son fare, la maison polynésienne. Maintenant il doit écrire et ainsi s'exprimer, peut importe que ce soit en reo ma'ohi, en français ou en anglais. L'important est qu'il s'exprime, faites-le ! Michou : Qu'il s'exprime de cette manière ou d'une autre signifierait qu'il a maîtrisé cette culture spécifique. Henri : Oui ! Mais il doit retourner ensuite verse la source polynésienne qui est sa propre culture. Michou : Tu pense que l'écriture peut l'y mener ? Henri : C'est la seule et unique façon ! Des Polynésiens commencent à écrire et je pense que d'ici peu nous aurons des auteurs tahitiens. N'ayons plus de complexes et exprimons-nous ! Michou : Donc, il s'agit maintenant pour le Polynésien d'aborder le seul moyen qui lui permette d'espérer en sa renaissance : l'écrire. Ce qui surprend, c'est qu'il choisisse plutôt la poésie comme forme d'expression favorite. Regarde, qu'il s'agisse de toi, de Turo a Raapoto, de Chantal Raiheni, de Manutahi ou d'Angelo… c'est de la poésie. Pourquoi ? Henri : Je pense que
cela provient de notre langue tahitienne
qui est poésie en elle-même. Dès que l'on commence à s'exprimer vraiment
dans cette langue, on atteint une dimension qui n'est pas ordinaire, qui
n'est pas celle du langage de tous les jours. Elle se
situe au-dessus et
on monte encore un peu et un peu plus encore, voilà où est cette expression
poétique que l'on
retrouve chez tous les Polynésiens. A partir du moment
où il commence à se trouver, il s'exprime comme il parle, pense et vit
sa
langue. C'est-à-dire tout simplement de façon poétique. Est-ce propre à
nous, je ne sais ? UN AVENIR FLOU Michou : L'avenir à travers l'écriture ! Et l'avenir de notre pays ? Henri : Je n'oserais pas faire de prophéties. Le politique est devenu tellement flou, l'affairisme qui s'est immiscé au sein de la population… Je préfère rester en deçà et n'ose plus me prononcer. Michou : Tu as été élève de l'école pastorale puis tu as fait des études en France. Quand tu es rentré, tu me disais avoir un doute sur le plan théologique. As-tu évolué depuis ? Henri : Oui, j'ai changé ! Ce n'est pas vraiment que je ne croyais plus en Dieu. Je voulais mettre tout ça de côté et me consacrer uniquement à ma famille. Do et les enfants, un point c'est tout ! J'étais fiu et suis fiu de la politique et des affaires concernant mon pays. J'ai accompli ma vie et j'ai changé ! Je crois en Dieu et dois maintenant agir avec l'église évangélique. Michou : La religion chrétienne n'est pas une religion ma'ohi mais ne l'est-elle pas devenue en "s'indigénant" ? Maintenant elle fait partie intégrante de notre culture. Elle l'a d'abord écrasée et en même temps elle l'a aidée à préserver et à perpétuer sa langue. DIEU N'EST PAS BANAL Henri : C'est là le problème : on ne sait pas. Et justement
c'est la recherche en
profondeur que nous menons avec Turo. Lui, va jusqu'à
dire : Ta'aroa est Dieu ! Un peu dur à avaler, non ? Mais quelle autre
façon
pour les Polynésiens de donner un nom à Dieu, se ce n'est : Ta'aroa. Et
on devine qu'à travers ce nom, se lève
tout un passé ignoré à déchiffrer
encore. (…) Le peu que l'on sache reste imprécis et trouble. J'ai l'impression
que
quelque chose de grave s'est passé entre 1779 et 1900 provoquant l'extinction
des tenants de la culture polynésienne.
Expliquant ainsi la rapidité de
l'évangélisation. Michou : Il semble qu'avant l'arrivée des Européens une révolte se soit faite jour au sein de la religion polynésienne ? Henri : Le culte s'était dégradé. Oro s'était imposé comme le nouveau Dieu du culte à l'instar de Ta'aroa. Il y a eu déphasage entre lui et Oro, d'où les sacrifices humains. Ta'aroa est beaucoup plus humain et avec Oro tu as la guerre. UN AVENIR FLOU Michou : Le créateur et l'ange Lucifer. Henri : Oui, avec Oro ce fut vraiment la guerre ! Et, à ce même moment-là arriva l'évangélisation, pour les missionnaires non plus ce ne fut pas facile, ils étaient tout seuls. LE TEMPS PARASITE Michou : Revenons-en à notre point de départ à cette volonté de retrouver la source polynésienne pour se renouveler. Le thème du poème Aitau est de : "dévorer le temps parasite". Henri : Ce poème je l'ai écris d'un seul trait. Le temps parasite est celui qui nous sépare de la culture polynésienne. C'est celui-là qu'il faut bouffer, afin de se rencontrer à nouveau. Et pouvoir ainsi repartir à zéro pour bâtir une société nouvelle. C'est cela l'important. Il y a diverses façons de dévorer le temps parasite, à chacun de découvrir la manière qui lui est propre. Michou : Quelle est la tienne ? Henri : Ici, je suis en train de dévorer ce temps-là.. Michou : A Huahine, aux Iles Sous-le-Vent, une extraordinaire petite vallée, inaccessible. Un travail phénoménal : une cocoteraie toute renouvelée, des arbres fruitiers de toutes les essences de la Polynésie, des conditions remarquables et paradisiaques. Henri : Rendement assuré pour le ventre ! UN DES CREATEURS DU IA MANA Michou : Tu te retrouves ici après un long cheminement intéressant et si particulier. Avant tu as longtemps milité pour un combat politique en créant notamment le "Ia Mana te Nuna'a" et également à travers des institutions comme celles de l'église évangélique. Henri : Disons qu'au départ de tout cela, j'avais une
soif de connaître Dieu. Ce fut le véritable point de
départ de cette quête
à la recherche de la connaissance. Je suis allé à la faculté de théologie
de Montpellier, en
France. Michou : Arei, c'est le creuset d'un épanouissement personnel. On ne peut rien faire sans au préalable s'épanouir soi-même ? Henri : Oui mais si sa famille dans son entier n'est pas épanouie, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. CONJUGUER AU NATUREL Michou : Arei, le lieu d'une vérification ? Henri : C'est la reprise
d'une vie qui a été abandonnée,
mais qui est toujours dans la conscience des Polynésiens. Etouffée, bien
sûr mais il
suffit de la réveiller. Ce n'est pas encore une nouvelle société,
mais la reprise d'une vie normale des Polynésiens. Michou : Une scission qui va en s'accentuant. Deux mondes vivant de plus en plus dans l'opposition des choses, jusqu'à éventuellement la coupure totale. Henri : Il faut que les cultures se rencontrent. Je
refuse
de raisonner dans l'opposition des choses ; l'opposition des couleurs :
même dans le contraste il y a
harmonie. Michou : La dimension économique. Il y a aussi ton désir de dire qu'une économie polynésienne aujourd'hui est possible. Henri : Absolument ! Les données sont là. Ça ne fait pas partie du rêve. Ce ne sont pas des arguments que j'invente. Les données sont là. Le cocotier produit pendant 70 ans. Nous mangeons encore le uru de l'arbre planté par nos ancêtres. Le poisson est là. Une économie d'auto-suffisance. Michou : Une restitution au Polynésien. Henri : C'est tout ! On a
rasé les cocotiers en donnant
priorité aux lotissements. L'autosuffisance est possible à partir de ce
que nous donne la
richesse de la nature.
Michou : Ce projet économique est en rupture avec le projet proposé : celui de la culture des loisirs, de la grande hôtellerie ! Henri : On a un peu l'impression que c'est notre destin maintenant : devenir les serviteurs des touristes. Voilà l'image de notre avenir. Michou : Dans ton projet économique, tu rends au Polynésien sa dignité et sa capacité d'être à la fois maître de son espace et de son économie. Il y a donc là les conditions de l'indépendance. Henri : Dès le moment où on fait un projet total et non pas morcellé, on ne peut pas éviter de parler de l'indépendance. Si au départ, au sein de la cellule familiale, il y a toutes les données de l'indépendance, on ne peut que souhaiter qu'un peuple tout entier adopte cette attitude, ou un projet similaire, qui irait dans le sens de l'indépendance. TROIS CATACLYSMES Michou : L'économie actuelle ? Henri : L'économie de l'argent qui
cherche l'argent. Une
économie, comme tout le monde le sait, factice. Tout est factice dans la
mesure où les forces
financières qui nous ont entraînés vers ce niveau de
vie ne viennent pas de la richesse de ce pays. Une richesse importée
fondée
essentiellement par le secteur administratif et le CEP (essais nucléaires). UN AVENIR FLOU Michou : Le créateur et l'ange Lucifer. Henri : Oui, avec Oro ce fut vraiment la guerre ! Et, à ce même moment-là arriva l'évangélisation, pour les missionnaires non plus ce ne fut pas facile, ils étaient tout seuls. Michou : Dans le sens de l'indépendance, on peut parler de l'évolution des institutions de l'église. L'église qui a fait un travail phénoménal. Et maintenant des engagements sont évidents. Henri : L'avenir de notre église est polynésien. Aller à l'encontre de l'indépendance, c'est aller contre l'évangile.
Michou : L'évolution et les engagements de l'église semblent être entre autre les résultats de votre travail à toi et Turo a Raapoto, sur le plan de la revalorisation de la langue tahitienne. Ce travail est depuis repris par d'autres : tel que la reconstitution de l'histoire foncière de la Polynésie. Henri : Une évolution phénoménale. Une permanence dans notre attitude. Lorsque je suis sorti de l'église, finalement c'était un bien. Je suis entré à l'OTAC et j'ai continué à dire la même chose. Et elle l'a finalement compris. Michou : Tu as adopté à ce moment des gestes symboles. Henri : Des gestes symboles menant tous dans le même sens. Un geste symbole est toujours une rupture, un choc, compris comme une provocation. Donc il a fallu choisir des gestes solides : le port du pareu par exemple. Là c'est toute une histoire ! (Rire !…) j'ai été la risée !… de tout le monde !… le poète ! le rêveur ! l'intellectuel de brousse ! (Rires !…) à travers le pareu, j'ai connu une période de moqueries. Certains s'adressaient directement à moi pour le faire. Mais comme je fréquentais toute la hiérarchie en pareu, cela a étonné et c'est devenu normal. Résultat : de plus en plus de gens en pareu. A travers le pareu, c'était réconcilier le Polynésien avec ce qui lui appartient profondément. Le réconcilier avec lui-même. "LA POLITIQUE ME GËNE" Michou : Nous entrons donc maintenant dans une période de réconciliation. Tu as un statut peu ordinaire par le fait que tu échappes aux institutions, à la politique par exemple. Henri : Il y a quelque chose qui me gêne dans la politique, c'est cet esprit de parti, qui ne veut plus tendre les oreilles, tendre la main, adresser la parole à l'autre, celui qui est dans l'autre parti. M'empêcher de discuter avec quiconque, c'est quelque chose que je n'accepte pas. Michou : Nous avons parlé de "Oih anu" de "Aitau" et de leur message. Je pense que l'on pourrait terminer par un autre message non moins beau, celui de Ho mai na : le don. Henri : Ho mai na, c'est donner tout ce que la mère possède
à son fils. La mère donne. A partir du moment où elle a tout donné, le fils
peut partir ; il aura toujours sa mère vivante auprès
de lui. Sa mère c'est
sa base : ses racines, son sang, son premier lien, tout…
Henri Hiro est
devenu une institution. Les Polynésiens reconnaissent en
lui le ma'ohi. On peut donc affirmer qu'il a gagné son combat.
L'histoire
de Henri Hiro ne s'est pas terminée à Huahine. Son histoire ne se termine
pas ! Car l'idée et le projet initial,
c'est le peuple polynésien. Les premiers
bénéficiaires en sont sa famille, sa femme et ses enfants. Nana Hiro. Il paraît qu'on doit te dire au revoir. Mais tu restes là. Ta voix et ton rire résonneront toujours dans la vallée de Arei à Huahine. L'écho les transporte de montagne en montagne. Et lorsque le vent des raro se lèvera ils seront sur toute la Polynésie Ma'ohi. <a href="http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/chaze.html" target="_blank">Michou Chaze Revue par l'éditeur. |
| Les Enfants de Tangaroa vous saluent ! |